2026-04-15 · positionnement · vision · foss
Pourquoi j'ai construit un outil d'orientation sans aucune suggestion de métier
Le positionnement radical de Pétille : ne jamais mapper une réponse vers un métier. Pourquoi c'est un choix philosophique, pas une limitation technique.
Quand on montre la maquette de Pétille à quelqu'un qui connaît le secteur, la première réaction est presque toujours la même : « OK, et le résultat ? Ça te sort une liste de métiers recommandés, non ? »
Non. Jamais. C'est le cœur du projet.
Le biais du « si on a la donnée, faisons-en quelque chose »
Techniquement, rien n'empêche d'entraîner un modèle de recommandation sur les réponses. Les appétences collectées (thèmes, façons de faire, contexte) pourraient très bien alimenter un mapping vers des familles de métiers. Ce serait même « utile », au sens où on dit d'un service qu'il est utile : il produit un résultat actionnable.
Sauf que le résultat, à 7 ans, ce serait une étiquette collée sur un enfant. Et cette étiquette, on l'a vu dans les articles précédents ( 1, 2), arrive précisément au moment où la carte cognitive des métiers se referme. L'enfant ne retient pas « j'aime les animaux, la construction et travailler seul·e » — il retient « l'app dit que je serai vétérinaire ».
Ce qu'on perd quand on retire le mapping
- On perd la satisfaction immédiate d'avoir « un résultat ».
- On perd l'argument marketing « découvrez le métier qui vous correspond ».
- On perd le rétentif utilisateur (pas de raison de revenir si le verdict est rendu).
Ce qu'on gagne
- On garde la fenêtre des possibles ouverte plus longtemps.
- On produit un outil qui survit à l'usage — on peut y revenir dans 12 mois sans que la conclusion soit « périmée ».
- On évite de reproduire, avec une couche de techno, les biais qu'on voulait combattre (un modèle entraîné sur les données d'orientation existantes reproduira les stéréotypes qu'il a ingurgités).
- On permet une conversation famille-enfant — parce qu'il n'y a pas de « réponse » donnée par la machine à laquelle se soumettre.
Le carnet comme forme, pas comme application
Pétille est pensé comme un carnet, pas comme un test. La différence est importante :
- Un test se remplit une fois et rend un verdict. L'interaction est finie.
- Un carnet se remplit régulièrement et garde la trace. L'interaction est un dialogue avec soi-même dans le temps.
Un enfant qui, pendant trois années de suite, coche systématiquement « aimer les animaux » et « comprendre comment ça marche » n'a pas besoin qu'une machine le lui dise. Il a besoin qu'on l'observe et qu'on lui renvoie ces constantes. Le carnet fait ça, rien de plus.
Et si l'enfant demande « alors je ferai quoi ? »
Il y a une réponse honnête à cette question, et elle ne contient pas de métier. Elle contient : « tu aimes ces univers, tu travailles plutôt comme ça, tu es bien dans ce contexte-là. Plein de métiers différents vont avec tout ça. On regardera dans quelques années quels métiers existent et lesquels te donnent envie, mais tu n'as pas à choisir maintenant. »
C'est cette phrase, exactement, que Pétille vise à rendre possible.
Écrit par Benjamin TOUCHARD. Tous les articles · Ouvrir mon carnet